Caméras de surveillance · 10 min de lecture
En bref
- Une caméra thermique lit la chaleur émise par les objets, dans la bande de 8 à 14 µm : elle n'a besoin d'aucune lumière.
- Son capteur a peu de points (160 × 120 sur la fiche lue) ; elle détecte une personne à 182 m, mais ne l'identifie qu'à 23 m.
- La caméra bi-spectre ajoute un canal visible, qui montre le détail et garde la preuve.
- Elle sert au périmètre et à la surveillance de points chauds, mais n'est pas un détecteur d'incendie.
- Le verre ordinaire l'aveugle, et sa précision de température annoncée (± 8 °C) ne convient pas à la mesure d'une fièvre.
Elle ne capte pas la lumière, mais la chaleur
Une caméra ordinaire forme son image avec la lumière que la scène réfléchit. Une caméra thermique lit autre chose : le rayonnement infrarouge que tout objet émet de lui-même. Hikvision l'écrit dans sa brochure : un objet au-dessus du zéro absolu émet de l'infrarouge, et plus il est chaud, plus il en émet. Les caméras thermiques lisent la bande de 8 à 14 µm, invisible pour l'œil, et fabriquent l'image à partir des écarts de température.
La figure ci-dessus place cette bande à côté des deux autres. La NASA donne 380 à 700 nm pour la lumière visible, et précise que beaucoup d'objets réfléchissent l'infrarouge proche : c'est la lumière que renvoient les objets quand une caméra de nuit les éclaire avec ses LED infrarouges, expliquée dans l'article sur la vision de nuit. L'infrarouge thermique, lui, n'est pas renvoyé : il vient de l'objet. La caméra n'a donc besoin d'aucun éclairage, et c'est pourquoi les fabricants la disent capable de travailler dans l'obscurité, à contre-jour, dans le brouillard ou la brume. Teledyne FLIR ajoute qu'elle voit à travers la poussière, un brouillard léger, la fumée ou certains feuillages.
L'image : des gris, ou des couleurs inventées
Une image thermique n'a pas de couleur propre : l'appareil associe une teinte à chaque niveau de température, et l'utilisateur choisit cette palette. La fiche de la DS-2TD2617-6/QA parle des modes « white hot » et « black hot », c'est-à-dire du clair pour le chaud ou du sombre pour le chaud. La brochure de Hikvision montre aussi la même scène en couleurs. Dans les deux images ci-dessous, un poste électrique apparaît une fois en palette colorée, une fois en gris.


La finesse de la nuance dépend du NETD (écart de température équivalent au bruit), que la fiche donne inférieur à 40 mK à 25 °C avec une ouverture F# = 1,1. Plus cette valeur est basse, plus le capteur sépare de petits écarts de température. La brochure indique que tous les détecteurs de la gamme présentée ont un NETD inférieur à 40 mK.
Peu de points, mais de très loin
Un capteur thermique a beaucoup moins de points qu'un capteur visible. Sur la DS-2TD2617-6/QA, la fiche annonce 160 × 120 pour le thermique, avec des pixels de 17 µm, contre 2688 × 1520 pour le canal visible : 19 200 points contre 4 085 760, soit environ 213 fois moins. La brochure de Hikvision présente d'autres modèles en 384 × 288 et 640 × 512, toujours avec des pixels de 17 µm.
Ce faible nombre de points est compensé par la longueur de l'objectif. Avec 6,2 mm de focale, la fiche donne un champ de 25,0° × 18,7° et un IFOV de 2,74 mrad : l'angle vu par un seul point. Un point couvre ainsi environ 27 cm à 100 m, ce qui suffit pour qu'une personne occupe plusieurs points et soit détectée, mais pas pour y lire un visage. Un objectif à plus grande focale réduirait le champ pour gagner en distance, comme l'explique l'article sur la focale.
Détecter n'est pas identifier
La brochure de Hikvision fixe des seuils, les critères de Johnson : 1,5 point ou plus pour distinguer un objet du fond, 6 points au moins pour le classer (animal, personne, véhicule, bateau) et 12 points au moins pour le décrire en détail. Les trois niveaux correspondent à ceux de l'article sur la norme DORI : détecter, reconnaître, identifier.
La fiche applique ces seuils à une personne de 1,8 × 0,5 m et à un véhicule de 1,4 × 4,0 m, comme le montre la figure ci-dessous. La personne est détectée à 182 m, reconnue comme personne à 46 m, identifiée à 23 m ; la fiche ne donne pas les conditions de mesure. L'alarme d'analyse vidéo (franchissement de ligne, intrusion, entrée et sortie de zone) porte moins loin que la détection : 30 m pour une personne et 85 m pour un véhicule.
La fiche cite, pour le canal thermique, des règles de franchissement de ligne, d'intrusion et d'entrée et de sortie de zone ; elle ne mentionne ni lecture de plaque ni reconnaissance de visage. La brochure parle d'ailleurs de « preuve » enregistrée par le module visible, qui complète l'image thermique.
Infrarouge, couleur ou thermique : le tableau
Le tableau compare les trois façons de voir la nuit. Les portées d'éclairage des deux premières colonnes viennent de l'article sur la vision de nuit ; celle de la dernière vient de la fiche de la DS-2TD2617-6/QA.
| Critère | Infrarouge | Couleur de nuit | Thermique |
|---|---|---|---|
| Lumière nécessaire | Ses LED infrarouges | Grande ouverture et lumière d'appoint | Aucune : chaleur émise |
| Image de nuit | Noir et blanc | Couleur | Gris ou fausses couleurs |
| Détail d'un visage | Selon la résolution et la distance | Selon la résolution et la distance | Silhouette seulement |
| Distance annoncée | Éclairage de 20 à 50 m selon les fiches | Éclairage de 20 à 50 m selon les fiches | Personne détectée à 182 m |
Aucune de ces trois caméras n'est « la bonne » en soi. La caméra thermique voit loin et sans lumière, mais seule la caméra visible, avec son éclairage, identifie. C'est pour cela que les deux se combinent souvent.
La caméra bi-spectre : deux canaux dans un boîtier
La caméra bi-spectre associe un module thermique et un module visible. La fiche de la DS-2TD2617-6/QA en donne les deux jeux de caractéristiques, résumés dans la figure ci-dessous. Le thermique détecte et mesure ; le visible montre le détail, y compris la nuit grâce à ses LED infrarouges et à sa lumière blanche, annoncées jusqu'à 40 m. Les deux champs ne sont pas identiques : 25,0° × 18,7° pour le thermique et 39,42° × 22,14° pour le visible.

Hikvision décrit l'intérêt de l'association : l'image thermique déclenche l'alarme avec moins de fausses alertes, et le module visible fournit l'image à garder comme preuve. La brochure cite aussi la fusion d'images et l'aperçu en incrustation, c'est-à-dire un canal dans l'autre. Sur les modèles à tête mobile, le canal visible peut localiser et suivre automatiquement ce que le thermique a détecté.
À quoi elle sert : le périmètre et les points chauds
Le premier usage est la protection d'un périmètre : un site isolé, une cour, un dépôt. Hikvision cite des entrepôts, des chantiers, des parkings et des ateliers dans la fiche. Comme la détection porte à plusieurs centaines de mètres de nuit sans éclairage, une seule caméra peut surveiller une longueur que plusieurs caméras visibles ne couvriraient pas : la brochure affirme que la détection thermique couvre des distances bien plus longues et demande moins d'appareils. Le tri entre une personne, un véhicule et un animal est décrit dans l'article sur la détection intelligente. Dans l'image ci-dessous, tirée de la brochure, des personnes à 30, 60 et 150 m restent visibles en silhouettes.

Le second usage est la surveillance de la chaleur. La fiche annonce une alarme d'exception de température sur -20 à 150 °C avec une précision de ± 8 °C, jusqu'à 21 règles (10 points, 10 zones, 1 ligne), et une détection d'incendie annoncée à 62 m pour un objet de 0,2 × 0,2 m. La brochure indique pour d'autres modèles une précision de max (± 2 °C, ± 2 %). Ces fonctions servent à repérer un tableau électrique, un moteur ou un tas de matière qui chauffe avant l'incident : c'est une alarme d'exploitation.
Une caméra thermique n'est pas un détecteur d'incendie : la fiche lue ne cite aucune norme de détection incendie, comme l'EN 54. La protection d'un bâtiment reste confiée à des détecteurs et à une centrale, présentés dans l'article sur les détecteurs de fumée et de chaleur.
Ses limites : le verre, le détail, la fièvre
Le verre ordinaire arrête l'infrarouge thermique : selon Armasight et Infiniti Optics, deux fabricants d'optiques thermiques, une caméra thermique ne voit pas à travers une vitre ordinaire, elle en montre le reflet et la température de surface. Les objectifs de ces caméras utilisent donc un matériau transparent à cette bande : Teledyne FLIR recommande le germanium, très transparent mais cher. Dans les deux images ci-dessous, le passant ressort en clair et les fenêtres de la façade sont bien plus sombres que les murs. Une caméra thermique placée derrière une fenêtre ne surveille donc pas l'extérieur.


Deuxième limite, le détail : un visage ou une plaque se reconnaissent à leur dessin, que l'image thermique ne restitue pas, comme le montre le passant de l'image ci-dessus. C'est le rôle du canal visible ou d'une caméra classique, choisie avec la focale et la résolution adaptées. Troisième limite, la mesure : la précision de ± 8 °C de la fiche convient à une alarme sur un équipement, pas à la mesure d'une fièvre, que la fiche ne présente pas comme usage.
Les erreurs fréquentes
- Croire qu'elle identifie : elle détecte et classe, elle ne lit ni visage ni plaque.
- Lire la portée de détection comme la portée d'alarme : 182 m pour détecter une personne, 30 m pour l'alarme d'analyse, sur la même fiche.
- La placer derrière une vitre : le verre ordinaire arrête l'infrarouge thermique.
- La prendre pour un détecteur d'incendie : la fiche ne cite aucune norme incendie.
- Comparer 160 × 120 à 2 MP : les deux nombres de points ne se lisent pas de la même façon.
- Mesurer une fièvre avec une caméra de sécurité : la précision annoncée est de ± 8 °C.
Pour aller plus loin
- Choisir une caméra de surveillance : résolution, objectif et vision de nuit
- Vision de nuit : infrarouge, lumière blanche et couleur
- Capteur, ouverture et lux : la sensibilité d'une caméra
- DORI : détecter, observer, reconnaître, identifier
- Détection intelligente : humains, véhicules et fausses alertes
- Détecteurs incendie : fumée, chaleur ou multicritère
- Caméras de surveillance
- Solution Usines et sites industriels
- Solution Fermes et sites isolés
Questions fréquentes
Une caméra thermique voit-elle dans le noir complet ?
Oui : elle reçoit la chaleur émise par les objets et n'a besoin d'aucun éclairage. Les fabricants citent aussi le contre-jour, le brouillard et la brume.
Peut-elle reconnaître un visage ou lire une plaque ?
Elle donne une silhouette sans détail de visage, et la fiche lue ne cite ni lecture de plaque ni reconnaissance de visage. Le détail vient du canal visible.
Voit-elle à travers une vitre ?
Non : le verre ordinaire arrête l'infrarouge thermique et reflète la scène du côté de la caméra. Son objectif utilise un matériau comme le germanium.
Peut-elle remplacer un détecteur d'incendie ?
Non : la fiche lue ne cite aucune norme incendie. Elle peut déclencher une alarme de température, utile en exploitation, à côté des détecteurs.
Peut-elle mesurer la température d'une personne ?
La fiche de la DS-2TD2617-6/QA annonce ± 8 °C et ne présente pas cet usage. Pour une fièvre, il faut un appareil prévu pour cela par son fabricant.
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Sources
- Hikvision : fiche technique DS-2TD2617-6/QA, caméra réseau thermographique (2023) ; brochure Hikvision Thermal Products
- NASA : pages sur la lumière visible et sur les ondes infrarouges (science.nasa.gov)
- Teledyne FLIR : pages « Why thermal » et fiche sur les fenêtres en germanium ; Armasight et Infiniti Optics : pages sur les caméras thermiques et le verre
Mis à jour le 4 novembre 2026. Rédaction : MA SECURITE.