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Détecteurs incendie : fumée, chaleur ou multicritère

Le détecteur de fumée réagit aux particules, le détecteur de chaleur à la température, le multicritère aux deux. Le bon choix dépend de la pièce : une cuisine, un garage ou une salle de bain ne se protègent pas comme un salon.

Détection incendie · 10 min de lecture

En bref

  • Le détecteur optique de fumée repère la lumière que la fumée renvoie vers son capteur : il réagit bien aux feux qui couvent et convient aux chambres, couloirs et bureaux.
  • Vapeur, fumées de cuisson, gaz d'échappement, poussière et aérosols peuvent le tromper : cuisine, garage et salle de bain demandent un autre choix.
  • Le détecteur de chaleur ne voit pas la fumée : il réagit à un seuil fixe (suffixe S) ou à une montée rapide de la température (suffixe R), selon EN 54-5.
  • La catégorie EN 54-5 (A1, A2, B...) dit quelle température normale le détecteur supporte et à partir de quand il déclenche.
  • Le multicritère réunit capteur de fumée et capteur de chaleur ; le nombre de détecteurs et leur écartement viennent de l'étude, pas de cet article.

Trois familles de détecteurs

Dans un système de détection incendie, le détecteur repère le début du feu et prévient la centrale. Il existe trois familles, qui ne mesurent pas la même chose : la fumée, la chaleur, ou les deux. La série EN 54 consacre une partie à chacune : EN 54-7 aux détecteurs de fumée ponctuels, EN 54-5 aux détecteurs de chaleur ponctuels, EN 54-29 aux multicapteurs fumée et chaleur. Le choix entre conventionnel et adressable fait l'objet d'un autre article.

Le détecteur optique de fumée : la lumière qui se disperse

Le détecteur optique de fumée contient une petite chambre. Une diode (LED) y envoie de la lumière, infrarouge dans les modèles Elkron. Le capteur est placé hors du trajet direct de cette lumière : en air pur, il ne reçoit rien. Quand de la fumée entre dans la chambre, ses particules renvoient une partie de la lumière vers le capteur, et le détecteur signale l'alarme à la centrale. Elkron parle d'effet Tyndall.

Trois étapes d'un détecteur optique : en air pur le capteur ne reçoit pas de lumière ; la fumée en renvoie vers lui ; le détecteur signale alors l'alarme à la centrale.Détecteur optique : comment il voit lafumée1Air purLa diode éclaire la chambre ; le capteur,hors du faisceau, ne reçoit rien.2La fumée entreLes particules renvoient une partie de lalumière vers le capteur.3AlarmeLe signal dépasse le seuil : le détecteurprévient la centrale.
Trois étapes d'un détecteur optique : en air pur le capteur ne reçoit pas de lumière ; la fumée en renvoie vers lui ; le détecteur signale alors l'alarme à la centrale.

Ce principe réagit bien aux feux qui couvent, sans flamme, qui produisent de grosses particules : System Sensor note que les détecteurs photoélectriques détectent mieux ces feux que les feux à flammes vives. Teletek présente son SensoMAG S30 comme conçu pour détecter la fumée à un stade très précoce, dans les bureaux, supermarchés et écoles.

La chambre se salit avec le temps. Le FDO400 d'Elkron actualise toutes les 36 heures une valeur de référence qui compense les impuretés, et son voyant jaune clignote quand il faut nettoyer la chambre. La maintenance comprend aussi un essai avec une bombe d'aérosol approuvée par le fabricant.

EN 54-7 couvre aussi la lumière transmise et l'ionisation, dont certains détecteurs contiennent des matières radioactives. Les modèles du catalogue sont à lumière diffusée.

Le détecteur de chaleur : seuil fixe ou élévation rapide

Un détecteur de chaleur ne s'occupe pas de la fumée : il mesure la température de l'air autour de lui. La vapeur, les fumées de cuisson ou la poussière ne comptent donc pas pour lui, seule la température compte. EN 54-5 prévoit deux comportements, repérés par un suffixe ajouté à la catégorie.

Seuil fixe (suffixe S)

Le détecteur déclenche quand la température atteint son seuil. Un détecteur de suffixe S ne réagit pas sous la température minimale de réponse statique de sa catégorie, même si la température monte vite. Exemples : le FDT400 d'Elkron (A1S) a un seuil de 58 °C ±5 % ; le SensoMAG F10 de Teletek (A2S) détecte au-dessus de 60 °C. Elkron indique qu'il convient notamment aux chaufferies et aux cuisines, où de fortes montées de température peuvent durer.

Élévation rapide (suffixe R)

Un détecteur de suffixe R réagit en plus à la vitesse de montée de la température, même s'il part d'une température bien inférieure à son usage typique. Il garde un seuil fixe : le FDTD400 d'Elkron (A1R) déclenche au-delà de 58 °C ou quand la montée dépasse la limite de sa catégorie ; le SensoMAG R20 de Teletek est aussi A1R. Elkron le destine aux bâtiments non chauffés à température très variable ; Teletek cite les ateliers et les lieux poussiéreux ou humides.

Deux comportements d'un détecteur de chaleur : le seuil fixe, qui déclenche à une température donnée, et l'élévation rapide, qui réagit aussi à une montée brusque, avec un exemple Elkron et des lieux d'usage pour chacun.Détecteur de chaleur : deuxcomportementsSeuil fixe (S)Alarme quand l'air atteint le seuil,par exemple 58 °CExemple : Elkron FDT400, catégorieA1SCuisines et chaufferies, où latempérature monte vite en temps normalÉlévation rapide (R)Alarme sur une montée rapide, ou auseuil fixeExemple : Elkron FDTD400, catégorieA1RBâtiments non chauffés où latempérature ambiante varie beaucoup
Deux comportements d'un détecteur de chaleur : le seuil fixe, qui déclenche à une température donnée, et l'élévation rapide, qui réagit aussi à une montée brusque, avec un exemple Elkron et des lieux d'usage pour chacun.

Les catégories de EN 54-5

La norme classe les détecteurs de chaleur en catégories A1, A2, B, C, D, E, F et G (les fiches disent « classe », la norme actuelle « catégorie »). Chaque catégorie fixe une température d'usage et une plage de réponse statique : la température de déclenchement quand l'air chauffe très lentement.

CatégorieTempérature d'usage typiqueTempérature d'usage maximaleRéponse statique
A125 °C50 °C54 à 65 °C
A225 °C50 °C54 à 70 °C
B40 °C65 °C69 à 85 °C
C55 °C80 °C84 à 100 °C
G (la plus haute)115 °C140 °C144 à 160 °C

Partez du local. La norme appelle température d'usage typique celle que le détecteur subit longtemps sans incendie, et maximale celle qu'il peut subir, même brièvement, sans incendie. Un local à 25 °C convient à la catégorie A1 ; un local qui peut dépasser 50 °C demande une catégorie supérieure. Les fiches d'Elkron donnent d'ailleurs le FDT400 et le FDTD400 pour -10 à 50 °C, la limite de la catégorie A1.

Ne confondez pas ces catégories avec les classes A et B d'une boucle adressable : celles-ci décrivent le câblage, pas le détecteur.

Une limite : le retard

L'air doit s'échauffer jusqu'au détecteur, et un détecteur à seuil fixe réagit avec un décalage d'autant plus grand que la température monte vite : System Sensor parle de retard thermique. Un détecteur de chaleur ne prévient donc qu'une fois l'air chaud, et on le réserve aux endroits où la fumée n'est pas un bon signal.

Le multicritère : fumée et chaleur dans un seul boîtier

Un détecteur multicritère (ou multicapteur) réunit plusieurs capteurs dans un boîtier et décide d'après leur combinaison. EN 54-29 couvre fumée et chaleur : au moins un capteur de fumée optique ou à ionisation et au moins un capteur de chaleur dans un même boîtier, la performance étant déterminée à partir de la combinaison des phénomènes détectés. EN 54-30 couvre monoxyde de carbone et chaleur, EN 54-31 fumée, monoxyde de carbone et, en option, chaleur.

Au catalogue, le FDOT400 d'Elkron est un détecteur conventionnel optique et thermique : fumée par effet Tyndall, chaleur à 58 °C ±5 % (catégorie A1). Sa fiche cite EN 54-5 et EN 54-7, pas EN 54-29, et ne dit pas comment les deux signaux se combinent. Chez Teletek, le SensoMAG M40 est un combiné optique et à élévation rapide (A1R), proposé là où la détection précoce et la fiabilité comptent, comme les musées et les chambres d'hôtel.

Le multicritère apporte deux signaux au lieu d'un, donc plus d'information pour décider. Les fabricants disent que leurs algorithmes réduisent les fausses alarmes (Elkron pour le FDOT400, Teletek pour le M40). Cela ne dispense pas de bien choisir l'emplacement.

Comparer les trois familles

Point de comparaisonFumée optiqueChaleurMulticritère
Ce qu'il mesureLa lumière renvoyée par les particulesLa température de l'airFumée et chaleur, combinées
Point faibleVapeur, cuisson, gaz d'échappement, poussière, aérosolsNe voit pas la fumée ; réagit avec retardDépend de l'algorithme du fabricant
Norme du produitEN 54-7EN 54-5EN 54-29, ou EN 54-5 et EN 54-7 pour une tête à deux capteurs
Exemples du catalogueElkron FDO400, Teletek SensoMAG S30Elkron FDT400 (A1S), FDTD400 (A1R)Elkron FDOT400

Quel détecteur dans quelle pièce ?

Le schéma suit les indications des fabricants : Teletek (cuisines, garages, chaufferies), Elkron (chaufferies, cuisines) et System Sensor (éviter cuisines, garages, zones humides et poussiéreuses). L'étude du projet a le dernier mot.

Schéma du détecteur à prévoir selon la pièce : optique de fumée dans les pièces de vie, chaleur à seuil fixe en cuisine et en chaufferie, chaleur dans le garage, pas de détecteur optique près de la douche, élévation rapide à l'atelier, multicritère à l'hôtel ou au musée.Quel détecteur selon la piècePièces de vieChambres, salon, couloirs :détecteur optique de fumée,loin de la porte de la salle debain.CuisineDétecteur de chaleur à seuil fixe :fumées de cuisson et vapeurtrompent un détecteur optique.GarageDétecteur de chaleur : les gazd'échappement des véhicules trompentun détecteur optique.Salle de bainPas de détecteur optique prèsde la douche : la vapeurprovoque des alarmesintempestives.ChaufferieDétecteur de chaleur à seuilfixe, de catégorie adaptée à latempérature du local.AtelierPoussière ou forte humidité :détecteur de chaleur à élévationrapide (Teletek R20).Hôtel, muséeDétection précoce etfiabilité : multicritère(Teletek M40).
Schéma du détecteur à prévoir selon la pièce : optique de fumée dans les pièces de vie, chaleur à seuil fixe en cuisine et en chaufferie, chaleur dans le garage, pas de détecteur optique près de la douche, élévation rapide à l'atelier, multicritère à l'hôtel ou au musée.

Le second schéma montre où un détecteur de fumée se trompe. Dans ces cas, le détecteur de chaleur ne voit pas ce qui trompe le détecteur optique. Partout, évitez aussi le courant d'air d'une bouche de ventilation (System Sensor).

Trois sources d'alarmes intempestives d'un détecteur optique : vapeur et humidité, fumées de cuisson et gaz d'échappement, poussière et aérosols, avec ce qu'il faut préférer dans chaque cas.Où un détecteur de fumée se trompeVapeur, humiditéDouche, salle de bain voisine, piècestrès humidesSystem Sensor conseille d'éviter ceszonesCuisson, échappementCuisine avec four et plaques, garageavec gaz d'échappementDes particules de combustion y sontprésentes en temps normalPréférer un détecteur de chaleurPoussière, aérosolsLa poussière demande plusd'entretien ; les aérosols se déposentsur la chambrePréférer un détecteur de chaleur ouprévoir le nettoyage
Trois sources d'alarmes intempestives d'un détecteur optique : vapeur et humidité, fumées de cuisson et gaz d'échappement, poussière et aérosols, avec ce qu'il faut préférer dans chaque cas.

Combien de détecteurs et où les fixer ?

EN 54-5 et EN 54-7 sont des normes de produit : elles décrivent comment un détecteur est testé, pas combien il en faut dans un bâtiment. Le nombre, l'écartement et la hauteur de pose viennent d'une règle de conception. En Europe, la référence est la spécification technique CEN/TS 54-14:2018 : des lignes directrices de planification, conception, installation, mise en service, utilisation et maintenance, destinées à des personnes compétentes. Cet article ne donne aucune distance : elle dépend du détecteur, de la hauteur du plafond et de la règle appliquée, donc de l'étude.

Un détecteur est une tête qui se monte sur un socle : SD500 ou SD500R chez Elkron (séries 400), B24 chez Teletek (S30). Il se choisit aussi pour sa centrale.

Détecteurs et accessoires du catalogue

Prix et disponibilité à jour dans la page de chaque produit.

Les erreurs fréquentes

  • Poser un détecteur optique de fumée en cuisine, au garage ou près d'une douche : vapeur, cuisson et gaz d'échappement déclenchent des alarmes intempestives.
  • Mettre des détecteurs de chaleur partout : ils ne voient pas la fumée et ne réagissent qu'une fois l'air chaud.
  • Choisir l'élévation rapide là où la température monte vite en temps normal : Elkron destine son détecteur à seuil fixe aux cuisines et aux chaufferies.
  • Ignorer la catégorie EN 54-5 : un A1, prévu pour 50 °C au plus, ne convient pas à un local plus chaud.
  • Croire que tout détecteur « fumée et chaleur » est certifié EN 54-29 : le FDOT400 cite EN 54-5 et EN 54-7.
  • Oublier l'entretien et le socle : la chambre s'encrasse (voyant jaune du FDO400) et la tête se monte sur le SD500 ou le SD500R.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre un détecteur de fumée et un détecteur de chaleur ?

Le premier repère les particules de fumée avec de la lumière, le second mesure la température. Le premier convient aux pièces propres, le second aux lieux où fumée, vapeur ou poussière sont normales.

Quel détecteur choisir pour une cuisine ?

Un détecteur de chaleur à seuil fixe : Elkron indique que son FDT400 (A1S, 58 °C ±5 %) convient notamment aux cuisines, et Teletek cite cuisines, garages et chaufferies pour son SensoMAG F10.

Pourquoi mon détecteur de fumée se déclenche-t-il près de la salle de bain ou de la cuisine ?

La vapeur et les particules de cuisson peuvent déclencher un détecteur optique. System Sensor conseille d'éviter les zones humides, y compris à côté d'une salle de bain avec douche. Éloignez-le ou remplacez-le par un détecteur de chaleur, selon l'étude.

Un détecteur multicritère supprime-t-il les fausses alarmes ?

Non. Il compare deux signaux et les fabricants disent que leurs algorithmes réduisent les fausses alarmes, mais l'emplacement reste décisif.

Que signifient A1R et A1S sur une fiche technique ?

A1 est une catégorie d'EN 54-5 (usage typique à 25 °C, réponse statique de 54 à 65 °C). R signale une réponse à la montée rapide de la température, S un détecteur à seuil fixe qui ne réagit pas sous le minimum de sa catégorie.

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Sources

  • Normes européennes EN 54-5:2017+A1:2018 (chaleur), EN 54-7:2018 (fumée), EN 54-29:2015 (multicapteurs fumée et chaleur) et spécification technique CEN/TS 54-14:2018 (catalogues des organismes de normalisation)
  • Elkron : fiches techniques des détecteurs FDO400, FDT400, FDTD400 et FDOT400
  • Teletek Electronics : fiches techniques et pages produit des SensoMAG S30, F10, R20 et M40
  • System Sensor : Smoke Detector General Applications Guide (guide d'application des détecteurs de fumée)

Mis à jour le 3 novembre 2026. Rédaction : MA SECURITE.

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